Lundi 3 avril 2006
Gil JOUANARD – Venise en clair obscur

Jouanard est le genre de voyageur qui «tourne le dos à la foule giratoire.» Ce qui a priori n’est pas simple à Venise, dans le «flot touristique et matrimonial.» Mais l’auteur a plus d’un tour de vaporetto dans son sac et bientôt, à qui sait la trouver, s’offre une autre Venise, plus intime, plus simple, mais tout aussi intéressante.

On l’aura compris : la Venise de Jouanard n’est pas celle de tout le monde. «C’est que la force des lieux s’exprime d’abord par leur aptitude à se dégager des idées les plus couramment partagées.» D’abord : ne pas utiliser une gondole, qui est «moins un moyen de transport qu’un accessoire factice.» Venise se découvre à pied. Et un peu au hasard. D’ailleurs c’est bien connu : se perdre aide souvent à la découverte. «Le risque ? Louper la façade nec plus ultra, l’église au retable précurseur, le pont ou la placette à ne pas manquer. La belle affaire !»

Nous suivons facilement l’auteur dans ses «errances empreintes d’érudites rêveries.» Il nous raconte l’Histoire : comment et par qui ont été colonisés ces «instables et malsains marécages de la lagune», ces espaces «où la charge des cavaliers sauvages se fût enlisée.» Il nous raconte la petite histoire des ponts, des « bouches du lion », ces « boîtes aux lettres de l’infamie», des noms de lieux, ces Campo, calle, sotoporteghi et autres fondamenta… Il nous parle de lui-même, enfin, car «Venise vous ramène toujours à l’inconnu qui se tapit au fond de vos intimes replis intérieurs.»

Un autre regard sur Venise, assurément un regard à connaître. Un petit livre au riche contenu, superbement illustré, une belle invitation au voyage. Une écriture « franc-parler » qui peut surprendre, mais qui rythme bien cette courte promenade.

Les premières lignes : «On ne rêve, n’imagine, et peut-être même ne connaît jamais si bien un lieu richement connoté, devenu authentique corps de songes mythologiques, qu’avant de l’avoir vu pour la première fois, et d’en avoir fait se confronter la réalité et la représentation mentale qu’on en avait nourrie des années durant avec soi, voire avec vénération »
Dessins aquarellés de J-C DONNADIEU. Éditions L’Archange Minotaure 2006.

Gil JOUANARD a également publié chez le même éditeur dans cette collection « les Portes Clandestines », un Istanbul et un Prague. Chez Phébus : Un Journal, Moments donnés 1965- 1995 ; et La Saveur du monde, une promenade avec les «amis.»

Article par Lionel Bedin, in http://www.ecrivains-voyageurs.net (avril 2006)
par L'Archange Minotaure publié dans : La Presse en parle !
Vendredi 31 mars 2006



Depuis Petit déjeuner chez Tyrannie, le pamphlet qu’il a cosigné avec son compère
Eric Naulleau, on sait que Pierre Jourde, en plus d’être un serial killer de la
critique, possède aussi un solide sens de l’humour. La preuve avec ce petit livre
parodique dans lequel il condense quelques extraits des œuvres d’un écrivain
imaginaire surnommé « le Propriétaire », assortis de notes de bas de pages
délirantes : Jourde se moque joyeusement des gloses universitaires et des lectures
psychanalytico-sémiotiques en lançant ici et là une petite pique à une certaine «
Julia Kroutcheva », à Philippe Sollers et même à… « Pierre Bourde », ce qui montre
qu’il sait aussi manier l’autodérision.

Bernard Quiriny, EPOK n°24 (semaine du 24 février)
par L'Archange Minotaure publié dans : La Presse en parle !
Jeudi 30 mars 2006
Pierre Jourde et le chef d’oeuvre oublié ...


« L’œuvre du propriétaire » de Pierre Jourde (heureuse publication des Editions sudistes « L’Archange Minotaure ») est un ouvrage unique et rare dont il ne faudrait pas minimiser l’importance dans la petite histoire de la Grande Littérature de notre pays.

Travail de mise en abyme subtil, vaste projet historiquement correct, archivage acharné et forcené, méticuleuse captation de sens cachés invisibles à l’œil du profane, « L’œuvre du propriétaire » est, sans aucun doute, le chantier intellectuel le plus abouti et le plus pertinent du XXème siècle.

Ne cachons pas notre joie et notre immense bonheur de posséder, pour une somme modique et quasiment ridicule - moins de 100 de nos anciens francs - ce livre superbe, véritable monument de Prestige au sein de nos bibliothèques épuisées par le poids des niaiseries modernes et autres tristes Houellebecqueries.

Il convient ici de soutenir Pierre Jourde dans sa vaste entreprise ambitieuse et glorieuse de réhabilitation d’un auteur majeur qui a bouleversé les Lettres Françaises dans un anonymat honteux.

Félicitons ainsi le courage et l’honnêteté morale de cet écrivain et modeste pamphlétaire à la mode qui a su se mettre au service de ce livre majeur qui fait dire qu’il y a un « avant » et un « après » sa publication.

Félicitons Jourde d’être devenu, pour cette fiction, un autre bien plus érudit et élégant que lui-même en la personne d’un double cloné à l’esprit bien supérieur, le susnommé Pierre-Maurice Jourde-Roughol.

Tout du long des 113 pages qui composent, avec majesté de détails et de délicieuses anecdotes, ce livre culte, véritable symbole de la France qui pense, qui réfléchit puis le couche sur le papier dans un génie qui rend pantois, Pierre Jourde, modeste artisan des lettres, s’efface complètement devant son confrère Pierre-Maurice Jourde-Roughol éminent écrivain, injustement non médiatisé et reconnu, mais qui a eu l’audace et la détermination d’aller au bout d’un livre qui n’a eu de cesse d’exhumer, corriger, oublier, annoter, commenter et présenter le chef d’œuvre littéraire du - si talentueux qu’il en force le respect - mystérieux « Propriétaire ».

Ce que ce livre nous révèle ? Par exemple que la Production littéraire du surnommé Proprio doit cette mise en lumière tardive à la découverte hasardeuse par un futur CPE de la République, le sympathique égoutier stagiaire Wolfgang Ben Larbi I, d’un premier manuscrit du maître rédigé entièrement sur escalope de veau et qui finira mal conservé sous un dôme de la Bibliothèque Walt Disney de Marne La Vallée. Le ton est donné (...)

Ainsi débute « L’œuvre du propriétaire » de Pierre Jourde, préparez d’ores et déjà vos mouchoirs, vous allez pleurer de rire à chaque interligne, vous réjouir, à chaque mot qui jaillit de l’énorme sens inventif et truculent d’un auteur audacieux et hors norme, qui sait si bien se moquer de son milieu (des Lettres) et de lui-même dans une jubilation tout azimut et communicative.

Vieux esprits poussiéreux, réactionnaires et conservateurs, s’abstenir. Cette œuvre-là ne sera lisible et appréciable que par des esprits libres qui savent voir le talent au-delà de la Farce et du second degré de l’Ecriture, la vraie !!

Frédéric Vignale


« L’œuvre du propriétaire », Pierre Jourde, L’Archange Minotaure, 2006.

le 25/03/2006 in journal LE MAGUE
par L'Archange Minotaure publié dans : La Presse en parle !
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