Qu'est-ce que l'Archange Minotaure ?
Nous chercherions ainsi à définir avec assez de précision, voire de clarté, les contours de notre "contemporanéité" (mot difficile à prononcer pour un bégue dyslexique). Nous voudrions imposer une “authentique proposition” éditoriale, constituer un “corpus cohérent” (et “fiable” de surcroît) susceptible, en tous cas, d’être lu par “le plus grand nombre”, etc. Tout cela ne nous apparaît qu’assez indistinctement encore. La voie peut être, ce serait pour nous exactement l’inverse : n’adopter aucun parti pris, ne se recroqueviller sur aucune idée, se limiter à tout, me regionibus toti contineo et, sur tout, ne projeter aucune vision préconçue (s’il se peut) sinon ce regard disponible, ouvert, attentif, attentionné. Puisse l’Archange Minotaure « cet ange de génie ! » faire surgir ce qui se dispense avec une telle évidence sous nos yeux ; l’un le nomme "vie", l’autre encore "écume des choses".
Un véritable éditeur est sans idée.
« L’œuvre du propriétaire » de Pierre Jourde (heureuse publication des Editions sudistes « L’Archange Minotaure ») est un ouvrage unique et rare dont il ne faudrait pas minimiser l’importance dans la petite histoire de la Grande Littérature de notre pays. Travail de mise en abyme subtil, vaste projet historiquement correct, archivage acharné et forcené, méticuleuse captation de sens cachés invisibles à l’œil du profane, « L’œuvre du propriétaire » est, sans aucun doute, le chantier intellectuel le plus abouti et le plus pertinent du XXème siècle.
Ne cachons pas notre joie et notre immense bonheur de posséder, pour une somme modique et quasiment ridicule - moins de 100 de nos anciens francs - ce livre superbe, véritable monument de Prestige au sein de nos bibliothèques épuisées par le poids des niaiseries modernes et autres tristes Houellebecqueries.
Il convient ici de soutenir Pierre Jourde dans sa vaste entreprise ambitieuse et glorieuse de réhabilitation d’un auteur majeur qui a bouleversé les Lettres Françaises dans un anonymat honteux.
Félicitons ainsi le courage et l’honnêteté morale de cet écrivain et modeste pamphlétaire à la mode qui a su se mettre au service de ce livre majeur qui fait dire qu’il y a un « avant » et un « après » sa publication.
Félicitons Jourde d’être devenu, pour cette fiction, un autre bien plus érudit et élégant que lui-même en la personne d’un double cloné à l’esprit bien supérieur, le susnommé Pierre-Maurice Jourde-Roughol.
Tout du long des 113 pages qui composent, avec majesté de détails et de délicieuses anecdotes, ce livre culte, véritable symbole de la France qui pense, qui réfléchit puis le couche sur le papier dans un génie qui rend pantois, Pierre Jourde, modeste artisan des lettres, s’efface complètement devant son confrère Pierre-Maurice Jourde-Roughol éminent écrivain, injustement non médiatisé et reconnu, mais qui a eu l’audace et la détermination d’aller au bout d’un livre qui n’a eu de cesse d’exhumer, corriger, oublier, annoter, commenter et présenter le chef d’œuvre littéraire du - si talentueux qu’il en force le respect - mystérieux « Propriétaire ».
Ce que ce livre nous révèle ? Par exemple que la Production littéraire du surnommé Proprio doit cette mise en lumière tardive à la découverte hasardeuse par un futur CPE de la République, le sympathique égoutier stagiaire Wolfgang Ben Larbi I, d’un premier manuscrit du maître rédigé entièrement sur escalope de veau et qui finira mal conservé sous un dôme de la Bibliothèque Walt Disney de Marne La Vallée. Le ton est donné (...)
Ainsi débute « L’œuvre du propriétaire » de Pierre Jourde, préparez d’ores et déjà vos mouchoirs, vous allez pleurer de rire à chaque interligne, vous réjouir, à chaque mot qui jaillit de l’énorme sens inventif et truculent d’un auteur audacieux et hors norme, qui sait si bien se moquer de son milieu (des Lettres) et de lui-même dans une jubilation tout azimut et communicative.
Vieux esprits poussiéreux, réactionnaires et conservateurs, s’abstenir. Cette œuvre-là ne sera lisible et appréciable que par des esprits libres qui savent voir le talent au-delà de la Farce et du second degré de l’Ecriture, la vraie !!
Frédéric Vignale
« L’œuvre du propriétaire », Pierre Jourde, L’Archange Minotaure, 2006.

L'Archange Minotaure